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Les chapitres en Alsace au Moyen Âge et à l'époque moderne

Notice de la carte

Au sens premier, le chapitre (capitulum en latin, Kapitel en allemand) désigne le texte d’un chapitre d’une Règle religieuse, lu en réunion communautaire. Par une première extension, le terme indique d’abord la salle capitulaire dans laquelle cette réunion et cette lecture ont lieu ; ensuite, par un deuxième élargissement, le mot désigne un groupe de religieux ou de religieuses, formant une communauté, une congrégation ou un ordre, vivant selon une règle religieuse, généralement celle de saint Augustin, ou encore une association de clercs, menant la vie commune sous la direction et dans la dépendance d’un évêque diocésain.

En Alsace, comme ailleurs, les chapitres (appelés souvent Stift en allemand) sont nés de trois manières différentes :

-          par dérivation d’un établissement monastique, à qui ils ont succédé ou qu’ils ont doublé,

-          par fondation originale comme chapitre régulier, si leurs membres, chanoines ou chanoinesses, ont émis des vœux religieux,

-          par l’institution par un évêque diocésain comme chapitre séculier, si leurs adhérents, des clercs ou des chanoines, ne prononçaient pas de vœux canoniques.

 

Pour la bibliographie et la présentation détaillée de chaque chapitre, on se reportera à BORNERT René, Les monastères d’Alsace, 6 tomes en 7 volumes, Strasbourg, 2009 – 2010. (en cours de publication). Idem, art. « Chapitre », in Dictionnaire historique des Institutions de l’Alsace, n° 3, lettre C, Strasbourg, 2011.

Chapitres dérivés d’établissements monastiques (Carte 1)

Ces chapitres peuvent être classés en trois catégories, selon qu’ils ont succédé à l’époque carolingienne à un établissement monastique primitif, ou qu’ils ont jouxté au Moyen Âge une abbaye de bénédictins, ou qu’ils sont issus d’un monastère bénédictin sécularisé aux temps modernes.

1. Chapitres qui ont succédé à un établissement monastique primitif

            Les synodes d’Aix-la-Chapelle de 816 et de 817 ont introduit en principe une claire distinction entre le statut monacal et le régime canonial dans l’Empire carolingien. Les moines et les moniales devaient suivre la Règle de saint Benoît. Les chanoines et les chanoinesses devaient adopter la Règle de saint Augustin. L’application en pratique de cette décision demanda un certain temps et se réalisa progressivement. Un bon nombre de monastères fondés antérieurement – Frühklöster, dit l’historiographie allemande – optèrent pour la vie canoniale, comme chanoines réguliers ou chanoinesses régulières. La liste suivante classe ces chapitres par ordre chronologique de fondation comme monastère primitif, indique le cas échéant la date connue ou approximative de l’adoption effective du statut canonial, donne enfin la date de leur disparition. Le point d’interrogation ( ?) correspond à une estimation incertaine ou hypothétique.

Chanoines

Saint-Amarin : fondé vers 623-627, statut canonial avant 1192, transféré en 1441 à Thann – 1790 (voir tome I, p. 442-453).

Honau : vers 720, transféré en 1290 à Rhinau, puis en 1398 à Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg – 1790 (voir tome I, p. 391-427).

Lautenbach : vers 730 ? – 1790 (voir tome I, p. 427-441).

(Nieder)-Haslach : fin VIIIe/début IXe s. – 1790 (voir tome I, p. 367-391).

Surbourg : fin VIIe/début VIIIe s. ?, transféré en 1738 à Haguenau – 1790 (voir tome I, p. 482-493).

Saint-Léonard près de Boersch : fin XIe/début XIIe s. – 1790 (tme I, p. 589).

Chanoinesses

Hohenbourg (Mont Sainte-Odile) : vers 720 – 1546 (voir tome I, p. 88-90, 495-530).

Niedermunster : vers 730 – 1544 (voir tome I, p. 530-538).

Saint-Étienne de Strasbourg : vers 730 – 1536 (voir tome I, p. 539-559).

Eschau : vers 780 – 1536 (voir tome I, p. 244, 587).

Masevaux : vers 750 ? – 1790 (voir tome I, p. 574-583).

Erstein : vers 850 - vers 1430 ((voir tome I, p. 560-574).

Andlau : vers 880 – 1790 (voir tome I, p. 244).

2. Chapitres canoniaux jouxtant une abbaye de bénédictins

Neuwiller, Chapitre Saint-Adelphe : 1050 ?-1496.

Murbach, Chapitre Sainte-Marie : vers 1100 ? – 1513 (voir tome I, p. 92-106).

Wissembourg, Chapitre Saint-Étienne : vers 1040 – 1524 (voir tome I, p. 92-106).

3. Abbayes de bénédictins ou de bénédictines sécularisées du 15e au 18e s.

Abbayes de bénédictins

Chapitre de Neuwiller : 1496-1790 (voir tome II/2, p. 260-266).

Chapitre de Seltz : 1480 /1481-1692 (voir tome I, p. 120-130).

Chapitre de Wissembourg : 1524-1790 (tome II/2, p. 385- 635).

Chapitre de Murbach : 1764-1790.

Abbayes de bénédictines

Chapitre de Sainte-Croix-en-Plaine : 1461/1462 – 1521.

Chapitre d’Ottmarsheim : 1584-1790 (voir tome I, p. 131-132).

Chapitres réguliers d’origine canoniale (Carte 2)

1. Chanoines hors congrégation

Saint-Ulrich (ct Hirsingue) : vers 1100 -1621.

2. Chapitres canoniaux, formant une congrégation ou un ordre canonial

Congrégation de Marbach

- Chanoines

Marbach : fondé en 1090-incorporé en 1462 à Windesheim-supprimé en 1791.

Ittenwiller : fondé en 1115-associé en 1454 avec Saint-Arbogast de Strasbourg –uni en 1463 avec Truttenhausen – agrégé en 1467 avec Windesheim – supprimé en 1525.

Oelenberg : fondé fin XIe/début XIIe siècle – associé à Marbach 1122/1136 – passe en commende en 1531.

Goldbach : 1135-1528.

Saint-Arbogast de Strasbourg : fondé vers 550 ?-adopte les coutumes de Marbach en 1143-disparaît en1530.

Truttenhausen : adopte les coutumes de Marbach vers 1180 - incorporé en 1454 à Windesheim - abandonné en 1555.

Sainte-Trinité de Strasbourg : fondé vers 1226-relève de Marbach jusqu’en 1250.

- Chanoinesses

Schwarzenthann : fondé en 1090 à Marbach - transféré en 1124 à Schwarzenthann-extinction en 1530.

Steinbach/Schoenensteinbach : rattaché à Marbach 1154/1157-passe aux dominicaines en 1396.

Congrégation de Windesheim

Plusieurs chapitres canoniaux de l’Ordre de Marbach entrèrent dans la Congrégation de Windesheim, fondée en 1387 par les Frères de la vie commune, approuvée en 1395 par le pape Boniface IX et porteuse de la « dévotion moderne » (devotio moderna).

Truttenhausen : 1454-1555.

Marbach : 1462-1791.

Ittenwiller : 1467-1525.

Ordre de(s) Prémontré(s)

Fondé par saint Norbert de Xanten à Prémontré (département de l’Aisne) en 1121, les chanoines prémontrés ou «norbertins» se répandirent surtout en Allemagne à la suite de la nomination de leur fondateur à l’archevêché de Magdebourg en 1126. L’Ordre des Prémontrés fut présent en Alsace par trois prévôtés :

Haguenau : vers 1164-1535, puis après une interruption 1643-1790.

Mont Sainte-Odile : établi en 1178 à Saint-Gorgon – après une interruption, fixé au Monastère d’en haut en 1651 – jusqu’en 1790.

Strasbourg, La Toussaint : 1275-1320.

Ordre de [Ober] Steigen

Chapitre Saint-Michel de [Ober] Steigen-Saverne : 1213-transféré à Saverne en 1303– chapitre séculier en 1483. 

Congrégation des Chanoines du Grand Saint-Bernard

Prévôté de Saint-Bernard à Ferrette : 1225-1450.

Chanoinesses Régulières de Saint-Augustin de la congrégation de Notre-Dame

Fondées par saint Pierre Fourrier et la bienheureuse Alix Lecler en 1597, les chanoinesses de Saint-Augustin s’établirent en 1692 à Strasbourg, où elles subsistent encore de nos jours, et à Saverne de 1621 à 1790.

3.Excursus : tous les « augustins » qui suivent la Règle de saint Augustin ne sont pas des chanoines et ne forment pas des chapitres

Le 4e concile de Latran (1215) prescrivit aux nouveaux ordres de choisir une des quatre règles religieuses déjà approuvées, celle de saint Basile, celle de saint Augustin, celle de saint Benoît ou celle de saint François d’Assise. À la suite de cette décision, des papes ont imposé la Règle de saint Augustin à plusieurs ordres, sans pour autant assimiler ces ordres aux chanoines de Saint-Augustin.

Les ermites de Saint-Augustin

Réunis à partir de différents groupements d’ermites par le pape Alexandre IV en 1256 et soumis à la Règle de saint Augustin, les Ermites de Saint-Augustin ont été approuvés par le 2e concile de Lyon en 1274. Le pape Boniface VIII les associa en 1298 aux ordres mendiants.

En Alsace, les Ermites de Saint-Augustin avaient des couvents à Strasbourg (1265-1534), Haguenau (1268-1790), Mulhouse (1268-1523), Wissembourg (1279-1526, 1684-1790), Ribeauvillé (1297-1527, 1657-1790), et Colmar (1316-1790).

Les guillelmites (guillemites)

Fondés par Guillaume de Melval (+1157) en Toscane, les ermites qui se réclamèrent de son nom se virent d’abord imposer la Règle de saint Benoît vers 1223, en application des prescriptions du 4e concile de Latran. En 1256, le pape Alexandre IV réunit tous les groupements d’ermites de Toscane dans l’ordre unique des Ermites de Saint-Augustin, sous la Règle de saint Augustin. En 1266, le pape Clément IV autorisa certains monastères de guillelmites à retourner dans l’Ordre de Saint-Guillaume.

La jeune fondation guillelmite, établie vers 1255 à Marienthal, fut de leur nombre. Après une courte appartenance à un ordre mendiant (1256-1266), la communauté des guillelmites de Marienthal retrouva ses caractéristiques érémitiques et monastiques sous la Règle de saint Benoît, tout en gardant une certaine proximité avec les ordres mendiants par l’engagement dans la pastorale populaire et paroissiale. La communauté-mère de Marienthal légua cette orientation spécifique à ses fondations, d’abord à Saint-Guillaume de Strasbourg (1298), puis à l’intérieur de la ville de Haguenau (1311).

Ordre du Saint-Esprit.

Fondé vers 1170 près de l’Hôpital du Saint-Esprit à Montpellier, les hospitaliers du Saint-Esprit se virent imposer la Règle de saint Augustin par le pape Grégoire XI en 1372, sans cesser pour autant de former un ordre hospitalier. En Alsace, les hospitaliers du Saint-Esprit tinrent des hospices à Stephansfeld (vers 1229-1772) et à Rouffach (1270).

Les antonins

Les antonins suivent la Règle de saint Augustin depuis 1247. Ils ne cessent cependant pas de former un ordre hospitalier. En Alsace, ils sont établis à Issenheim (vers 1284-1777), à Strasbourg (1277), aux Trois-Épis (1660).

Chapitres séculiers (Carte 3)

1. Chapitres cathédraux

            Organisée par saint Chrodegang, évêque de Metz (742-766), la vie commune fut adoptée vers 778 par les clercs desservant la cathédrale de Strasbourg et formant le conseil de l’évêque.

Grand chapitre cathédral de Strasbourg : 780 ?-1790.

            Dès le Xe siècle, le grand chapitre cathédral forme une personnalité morale autonome, assurant sa gestion et possédant ses biens. Dès l’an 1060, la vie commune fut abandonnée ou réduite à des expressions très symboliques. Au cours du XIIe siècle, le chapitre acquiert le droit de pourvoir lui-même aux canonicats, le pape nommant le prévôt, le chapitre élisant le doyen, l’évêque désignant le custode et l’écolâtre. Le chapitre comptait statutairement 24 membres au début du XIIIe siècle, 36 un peu plus tard. De fait, le nombre de chanoines variait entre 30 et 50 membres. À partir du XIIIe siècle, les canonicats étaient exclusivement réservés à la haute noblesse, pouvant présenter seize quartiers. De ce fait, les patriciens strasbourgeois en étaient exclus et l’aristocratie alsacienne n’était que faiblement représentée. Seules des familles comme les Géroldseck, les Lichtenberg, les Ochsenstein ou les Horbourg, pouvaient y envoyer de rares délégués. L’Ancien Régime français dut respecter cet ordre des choses. Un règlement de 1687 réserva un tiers des canonicats, soit 8 sur 24, à des familles françaises. Probablement dès le XIIe siècle, certainement à partir du XIIIe siècle, le chapitre cathédral élisait l’évêque. Le gouvernement royal français lui conservait cette exclusivité, tout en faisant accéder ses propres favoris – les Furstenberg et les Rohan - à la dignité épiscopale.

Grand chœur de la cathédrale de Strasbourg : 1200 ?-1790.

            Les chanoines du grand chœur assuraient au moins depuis le début du XIIIe siècle l’office canonial que les dignitaires du grand chapitre n’assuraient plus. Leur nombre grandit progressivement de 9 membres initialement à 63 associés à la fin du XIVe siècle. La prébende du « roi du chœur », fondée par l’empereur Henri en 1014, était la dignité la plus honorifique. Les nombreux clercs de la paroisse Saint-Laurent assuraient le service paroissial.

2. Chapitres collégiaux

Chapitre de Saint-Thomas de Strasbourg : 800 ?-1524.

            Probablement fondé sous l’évêque Adaloch (après 780-avant 816), le monastère de Saint-Thomas était d’abord régi par un abbé. Vers le milieu du Xe siècle, l’organisation canoniale se manifeste progressivement dans les textes. La communauté des frères (fratres) ou des chanoines (canonici) est régie par un prévôt (praepositus). En 1163, les chanoines habitent des maisons individuelles. En 1359, la vie commune fut abandonnée. Le chapitre de Saint-Thomas se recruta essentiellement dans le patriciat urbain. Au début de la Réforme protestante, vers les années 1524, « la fille aînée de la cathédrale » adopta très vite le « Nouvel Évangile » sous l’influence des réformateurs Martin Bucer et Wolfgang Capiton.

Chapitre de Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg : 1031-1790.

            En 1031, l’évêque Guillaume fonda le monastère de Saint-Pierre pour la vie commune de 8 chanoines. Le texte de la fondation révèle la terminologie encore flottante entre les institutions monastiques et les établissements canoniaux. L’évêque Hermann ou Hetzel augmenta le nombre des canonicats à 14. Ce chapitre fut appelé plus tard «le Jeune », pour le distinguer du « Vieux ».

Chapitre de Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg : 1398-1790.

            L’église épiscopale de Saint-Pierre-le-Vieux ne devint le siège d’un chapitre collégial que par le transfert en 1398 du chapitre de Saint-Michel de Rhinau, qui se trouvait jusqu’en 1290 à Honau. Le chapitre porta désormais le nom de «Saint-Michel et Saint-Pierre-le-Vieux». Le chapitre compta une vingtaine de canonicats. Comme son homonyme dit « le Jeune », il devint un centre de résistance à la Réforme protestante.

Chapitre Saint-Martin de Colmar : 1234-1790.

            Primitivement chapelle de la cour de l’abbaye de Munster au Val Saint-Grégoire, l’église Saint-Martin fut érigée en collégiale en 1234 et reçut ses statuts en 1237. L’abbé de Munster gardait le droit de patronage et de préséance. Le collège des chanoines séculiers (canonici saeculares) élit le prévôt (praepositus), qui est ensuite introduit dans ses fonctions par l’abbé de Munster. Celui-ci nomme directement le doyen, sans que les chanoines fussent consultés par un vote. Les chanoines cooptent les nouveaux membres, qui après serment sont investis par le doyen. Au XIIIe s.iècle, les chanoines sont au nombre de 16, les chapelains au nombre de 6. En 1440, 4 canonicats sont supprimés en raison de la diminution des revenus. En 1791, la collégiale Saint-Martin est érigée en cathédrale du nouveau diocèse constitutionnel du Haut-Rhin.

 

René Bornert, 2010