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Les fondations monastiques en Alsace à l’époque mérovingienne (carte 1) (vers 550-vers 750)

Notice de la carte

Le monachisme chrétien émerge en Alsace vers le milieu du VIe siècle, d’abord par des fondations épiscopales, ensuite par des initiatives érémitiques, enfin par des établissements irlandais ou iro-mérovingiens. Cette forme de monachisme s’est développée dans le royaume mérovingien à partir de 629, lorsque le roi Dagobert Ier accéda du royaume partiel d’Austrasie à la tête de tout le royaume mérovingien. Les monastères d’Île-de-France et l’abbaye de Luxeuil dans les Vosges en étaient les principaux centres de diffusion. Ce monachisme pouvait être apporté par des moines venus directement d’Irlande, la Scottia d’alors, comme à Honau, ou par des moines recrutés sur le continent et formés sur le modèle de l’observance irlandaise, codifiée par des règles nombreuses et variées. Cette forme de vie monastique se caractérisait par deux traits essentiels : les abbés possédaient en même temps la dignité épiscopale. Sous leur houlette, des groupes de moines d’une dizaine ou d’une douzaine de membres pratiquaient la pérégrination, allant d’un lieu à un autre pour annoncer l’évangile, sans s’arrêter trop longtemps en un seul endroit.

L’aristocratie mérovingienne, nouvellement convertie à la foi chrétienne, favorisa le développement de ce monachisme, à la fois pour christianiser et développer un territoire nouvellement conquis, mais aussi pour trouver dans les monastères des lieux de sacralisation de leur propre pouvoir politique. Malgré cette ambiguïté, le mouvement irlandais formait, après les missionnaires itinérants de l’époque gallo-romaine, la deuxième vague d’évangélisation et de christianisation de l’Alsace.

Ce monachisme vagabond et autonome gênait les souverains carolingiens à partir du milieu du VIIIe siècle. Voulant organiser les diocèses sous la direction d’un seul évêque résidentiel, les maires du palais, les rois et les empereurs carolingiens cherchaient à éradiquer ce monachisme gênant. Ils se mirent à sédentariser les moines itinérants, leur proposant de substituer la pérégrination spirituelle en un seul et même endroit à la pérégrination spatiale, d’un lieu à un autre. La stabilité locale, exigée par la Règle de saint Benoît, leur offrit le cadre idéal pour cette sédentarisation. Sous l’influence de saint Pirmin (+753), la Règle bénédictine fut progressivement substituée aux règles monastiques antérieures, en particulier à la Règle de saint Colomban, antérieure et parfois combinée avec celle de saint Benoît, à la manière de Luxeuil. Saint Boniface († 754) s’efforça par différents synodes régionaux, en Francie orientale aussi bien qu’en Francie occidentale, de supprimer les évêques itinérants (episcopi vagantes), en les forçant de prendre leur retraite dans un monastère sédentarisé. Leur nom figure souvent dans les listes des défunts des nécrologes, en particulier celui de la Reichenau, commencé vers 824. Vers le milieu du VIIIe s., sous la pression politique des premiers maires du palais carolingien et l’influence spirituelle de saint Pirmin, les premières fondations strictement bénédictines commencent à surgir, à Murbach (727-737), Neuwiller (vers 741) et à Arnulfsau, l’ancêtre de Schwarzach (749).

Bien que minimisé par les historiens de l’époque carolingienne, parce qu’il était différent et concurrentiel du nouveau monachisme officiel, le monachisme irlandais ou iro-mérovingien itinérant eut une influence durable dans la région. Il inscrivit une évangélisation, plus ou moins profonde, dans le cœur des populations alémaniques ou franciques, pour les faire sortir du paganisme.

La carte montre que la plupart des grands monastères d’Alsace ont été fondés à l’époque mérovingienne. Cela tient à ce qu’en cette période de réorganisation politique et économique, succédant immédiatement à l’effondrement de la société gallo-romaine à la suite des invasions barbares, de vastes terres fiscales, groupées autour des anciennes villae gallo-romaines, - devenues plus tard des « villages » -, étaient encore disponibles. La dynastie des Étichonides en Haute et Moyenne Alsace et l’aristocratie d’Austrasie en Alsace du Nord étaient les principaux héritiers de cet ancien domaine fiscal romain et aussi les principaux bienfaiteurs envers les monastères qu’elles avaient fondés ou dont elles avaient soutenu indirectement la fondation. Ce ne sera plus le cas aux périodes suivantes.

La liste suivante classe les monastères par date de fondation, au moins approximative. Elle donne, pour chaque monastère, la date certaine ou probable de la fondation, la situation topographique, le fondateur spirituel, le donateur temporel, l’observance monastique, le statut de l’établissement et la destinée ultérieure.

Pour la bibliographie et la présentation détaillée de chaque monastère, on se reportera à BORNERT René, Les monastères d’Alsace, 6 tomes en 7 volumes, Éditions du Signe, Strasbourg, 2009 – 2010 (en cours de publication). Idem, « Les origines du monachisme en Alsace : certitudes acquises, conclusions provisoires, nouvelles hypothèses », in Revue d’Alsace, 134, 2008, p. 9-77.

Saint-Arbogast de Strasbourg : fondé vers 550.

Saint-Arbogast de Surbourg : fondé vers 550 ? 630 ? certainement avant 749.

Saint-Amarin : fondé entre 623 et 626/627.

Dillersmunster : fondé vers 650.

Wissembourg : fondé vers le milieu du VIIe siècle, certainement avant 661.

Marmoutier : fondé vers 656-662.

Munster au Val Saint-Grégoire : fondé vers 660 ? certainement avant 675.

Ebersmunster : fondé vers 671-672 ? certainement avant 675.

Honau : fondé vers 720.

Hohenbourg (Le monastère d’en haut, l’actuel Mont Sainte-Odile) : fondé vers 720.

Niedermunster : fondé vers 720.

Saint-Étienne à Strasbourg : fondé vers 720.

Lautenbach : fondé vers 725-750 ?

Murbach : fondé en 727/728, sécularisé en 1764.

Neuwiller : fondé vers 741, sécularisé en 1496.

Arnulfsau : fondé vers 749.

René Bornert, 2010

Les fondations monastiques en Alsace à l’époque carolingienne (750-900) et les fondations bénédictines des Xe, XIe et XIIe siècles (carte 2)

Durant l’époque carolingienne, il n’y eut plus de fondation de monastères économiquement importants. Les terres fiscales avaient été distribuées à l’époque mérovingienne. Les carolingiens portèrent leur effort plus sur l’organisation des monastères existants que sur la création de nouveaux établissements. Les synodes d’Aix-la-Chapelle de 816 et de 817 prescrivirent la Règle de saint Benoît comme l’unique norme de la vie monastique dans l’Empire. Cette directive a mis du temps pour passer dans la vie concrète des communautés. Les textes ne permettent pas toujours de déterminer le moment exact de l’entrée en vigueur effective de cette règle dans les divers monastères. Souvent l’introduction s’est faite de façon progressive, d’abord pour le cursus des psaumes récités ou chantés à l’office choral, puis pour l’élection abbatiale, afin de soustraire ce vote à la pression des seigneurs et même des évêques. À la fin du Xe siècle, l’observance de la Règle de saint Benoît s’était imposée de fait dans tous les monastères d’Alsace. Les communautés, aussi bien féminines que masculines, qui l’ont refusée, ont passé de fait sous l’observance canoniale.

Pour la bibliographie et la présentation détaillée de chaque monastère, on se reportera à BORNERT René, Les monastères d’Alsace, 6 tomes en 7 volumes, Éditions du Signe, Strasbourg, 2009 – 2010 (en cours de publication).

Masevaux : fondé vers 750 ? chapitre de dames nobles vers le milieu du XIIIe siècle.

Feldkirch près de Niedernai : 707/757 ? – 1790.

Saint-Hippolyte : vers 768-1502.

Lièpvre : 774/777-1502.

Eschau : vers 778-1533.

Saint-Thomas à Strasbourg : fondé fin VIIIe/début IXe siècle – chapitre canonial milieu Xe siècle.

Haslach (Nieder) : fondé fin VIIIe/début IXe siècle – chapitre canonial milieu Xe siècle.

Herbitzheim : fondé vers 870 – sécularisé 1545.

Alanesberg : vers 910 – transféré à Lure en 959.

Graufthal : fondé vers 950 – sécularisé en 1551.

Échery (Échery-le-Vieux ou Échery-le-Haut) : vers 960-1250.

Altorf : fondé vers 974 – 1790.

Seltz : fondé vers 987/991 – sécularisé en 1480/1481.

Mirmelberg près Seltz : fondé vers 987/991- s’éteignit en 1469.

Honcourt : fondé vers 1025 – abandonné en 1525 – vendu à Andlau en 1599.

Sainte-Croix-en-Plaine : fondé vers 1030/1040 – sécularisé 1461/1462.

Saint-Marc près Gueberschwihr : monastère de moines, puis de moniales vers 1105 ? –milieu XIVe siècle– dépendance de St. Georgen (milieu XIVe-milieu XVIIIe siècle), puis d’Ebersmunster jusqu’en 1790.

Walbourg : ermitage 1074 – monastère de bénédictins 1117 – abandonné 1525 - sécularisé 1546.

Saint-Foy de Sélestat : fondé 1094 – sécularisé 1503.

Laubenheim, près du château de Girbaden : chapelle vers 1100 - prieuré, dépendant de Lure (1137-1558), puis de Murbach (1558-1616).

Saint-Léonard près de Boersch : ermitage vers 1104 – monastère vers 1109 – chapitre séculier 1215.

Biblisheim : fondé vers 1105 – 1790.

Sindelsberg près Marmoutier : fondé vers 1115/1117 – incorporé à Marmoutier 1488/1489.

Saint-Jean-Saverne : fondé en 1126-1790.

Alspach près de Kaysersberg : ermitage vers 1111 – prieuré 1130/1137 – vendu 1282.

Rouffach : chapelle vers 1001 – prieuré de bénédictins vers 1183-1578.

Valdieu (Gottesthal) : monastères de bénédictins dépendant de la Chaise-Dieu 1254/1260-1636.

 

René Bornert, 2010

Les fondations clunisiennes en Alsace (Xe– XIIIe siècles) (carte 3)

Par la fondation de l’abbaye de Seltz (987-991), le mouvement de Cluny espérait prendre pied dans l’Empire. Il n’y est pas parvenu, parce que le domaine impérial sur lequel il a été construit ne pouvait être soustrait, ni à la seigneurie, ni à la propriété de l’Empire, comme Cluny l’exigeait et comme il a réussi à le faire à Payerne en Burgondie en 965 et à Pavie en Lombardie en 970. (Cf. carte M 2).

Devant cet échec, l’ordre de Cluny a changé de stratégie. Par des prieurés établis en Haute-Alsace aux XIe et XIIe siècles, il a frayé la voie vers Hirsau dans le nord de la Forêt-Noire, pour tenter, et finalement réussir, une transposition germanique du monachisme clunisien, d’abord né en Bourgogne, puis diffusé dans l’espace roman.

Colmar, prieuré de Saint-Pierre : en 965 cour supérieure de Payerne - 1154 prieuré clunisien - 1570 confisqué par les Bernois.

Biesheim, prieuré de Saint-Jean-Baptiste : fondé vers 1101/1103 comme prieuré simple relevant de Saint-Alban à Bâle, - 1481 incorporé à ce dernier – sécularisé en 1529.

Froidefontaine, prieuré de Saint-Pierre : fondé en 1105, affilié en 1636 aux jésuites d’Ensisheim.

Altkirch, prieuré de Saint-Morand : fondé en 1105 - uni en 1621 au collège des jésuites à Fribourg-en-Brisgau.

Enschingen, prieuré de Saint-Nicolas : fondé vers 1105 comme un sous-prieuré de Saint-Alban de Bâle, sécularisé entre 1524 et 1536.

Thierenbach, prieuré Notre-Dame : avant 1135 centre de pèlerinage - entre 1125 et 1142 affilié comme prieuré de Cluny - subsiste avec des interruptions jusqu’en 1790.

Feldbach, prieuré de Saint-Jacques : fondé en 1144 comme prieuré de clunisiennes - uni en 1636 au collège des jésuites d’Ensisheim.

Saint-Gilles près de Wintzenheim : 1252 cour et chapelle - 1299 sous-prieuré dépendant de Saint-Pierre de Colmar.

Ribeauvillé, prieuré du Petit Saint-Morand : fondé vers 1297 comme prieuré dépendant de Saint-Morand d’Altkirch - 1621 uni au collège des jésuites à Fribourg-en-Brisgau.

 

René Bornert, 2010

Les fondations cisterciennes en Alsace (XIIe-XIIIe siècles)

(carte 4)

L’éclair cistercien a frappé l’Alsace de façon fulgurante. En l’espace de quinze ans, les trois premières fondations, celle de Lucelle, celle de Neubourg et celle de Pairis, ont vu le jour. Elles relevaient, toutes les trois, de la lignée de Morimond. Cette quatrième fille de Cîteaux, dont la zone d’influence s’étendait de l’Èbre en Espagne à l’Elbe en Allemagne, formait la base de l’expansion cistercienne dans l’espace germanique.

Comme au début du XIIe siècle les bonnes terres s’étaient faites rares, les fondations cisterciennes durent se contenter de domaines plus ingrats et plus reculés. Par un travail d’essartage assidu, ces moines défricheurs surent les rendre aptes à la culture des céréales et même à celle de la vigne. Exempts par l’autorité papale de payer la dîme sur les terres défrichées de mains et de travail propres, les cisterciens développèrent rapidement une économie agricole rentable. Des cours urbaines leur permirent d’écouler leurs marchandises sur les foires des villes. La navigation sur le Rhin, dont ils s’étaient fait une spécialité, leur ouvrit les marchés de l’espace rhénan jusqu’aux Pays-Bas.

Lucelle : fondé vers 1123/1124 par les sires Amédée, Hugues et Richard de Montfaucon. Plaque tournante, ouverte sur l’Allemagne méridionale, Lucelle érigea, à son tour, sept monastères en Alsace, Franche-Comté, Souabe, Suisse et Bavière. À l’intérieur de l’ordre cistercien, Lucelle fit partie de la congrégation cistercienne de Haute-Allemagne (1623) et, au sein de cette congrégation, de la province de Suisse, d’Alsace et de Brisgau (1624). Après une période de dépression du XVe au XVIIe siècle, la communauté connut une nouvelle période de floraison jusqu’en 1790.

Neubourg : fondé vers 1133 par Christian, deuxième abbé de Lucelle, sur un domaine donné par Reinhold de Lutzelbourg ou de Falkenstein. À son tour, Neubourg suscita les abbayes masculines de Maulbronn (1138/1148) et de Herrenalb (1147) et prit sous sa protection l’abbaye des cisterciennes de Lichtental (1248). Après une période décadence de la fin du XIIIe à la fin du XIVe siècle, l’abbaye retrouva la prospérité matérielle et sa vitalité spirituelle jusqu’en 1790.

Pairis : fondé vers 1138/1139 par l’abbé Chrétien de Lucelle sur un domaine soustrait par le comte Ulrich d’Éguisheim à l’un de ses ministériels. L’abbé Martin Litz (1200-1207) participa à la 4e croisade, assista au sac de Constantinople (1204) et fit rédiger l’Histoire de Constantinople par un de ses moines, Gunther, dit de Pairis. Du XIVe au XVIIe siècle, la communauté connut une suite de revers. Privée de son titre abbatial et réduite à un simple prieuré, elle passa d’abord sous la tutelle de l’abbaye de Maulbronn (1453-1585), puis sous la protection directe de la Maison d’Autriche (1585-1632). Restaurée par l’impulsion française durant la seconde moitié du XVIIe siècle, l’abbaye retrouva sa santé matérielle et spirituelle. Relevée par l’abbé Bernardin Buchinger (1648-1655), elle fut gouvernée par une série d’abbés français qui remplissaient en même temps la fonction « de conseillers chevaliers d’honneur d’Église » au Conseil Souverain d’Alsace jusqu’à la Révolution française.

Schoenensteinbach : établie en 1138 par Notcker de Wittenheim, avec l’appui de l’abbé de Lucelle, comme un essai de fondation cistercienne féminine, la tentative échoua en raison du refus des premiers cisterciens à admettre des femmes dans leur ordre. En 1154/1157, la fondation passa aux chanoinesses de Marbach.

Koenigsbruck : vers 1147, Frédéric II le Borgne, duc de Souabe et d’Alsace, fonda un monastère de moniales. Entre 1124 et 1135, la fondation fut officiellement affiliée à l’ordre de Cîteaux. La communauté était soumise alternativement à la paternité des abbayes de Maulbronn et de Neubourg. En 1628, elle passa sous la tutelle de l’abbaye de Clairlieu (Meurthe-et-Moselle), en 1665 elle fut confiée à la garde de Lucelle. Dévasté durant la guerre des Paysans, résistant à la pression du protestantisme, le monastère fut transféré, à la suite de la guerre de Trente Ans, temporairement à l’intérieur de la ville de Haguenau (1619-1671). Il trouva un nouveau dynamisme au XVIIIe siècle jusqu’en 1790.

Baumgarten : vers 1125, l’évêque Eberhard de Strasbourg, destitué de ses fonctions, fonda un monastère épiscopal. Son deuxième successeur, Eberhard, régularisa la situation canonique de la fondation. Entre 1148 et 1153, ce monastère épiscopal fut affilié à l’ordre de Cîteaux, par la lignée de Morimond, et peuplé par des cisterciens venus de Beaupré-sur-Meurthe. En 1224, l’abbaye de Morimond reprit directement la tutelle sur la communauté de Baumgarten. Après une longue décadence aux XIVe et XVe siècle, la communauté s’éteignit vers 1520. En 2008, les cisterciennes d’Altbronn-Ergersheim acquirent les bâtiments restants pour s’y établir.

Soultz-Haut-Rhin : entre 1134 et 1160, Frédéric Ier de Ferrette donna une cour à l’abbaye cistercienne de Lieucroissant (Doubs). En 1210, les moines cisterciens de cette communauté s’établirent dans cette cour, qu’ils érigent au rang de prieuré. Ils y introduisirent un pèlerinage en l’honneur des Trois-Rois, patrons de l’abbaye-mère. Le prieuré fut racheté en 1608 par l’évêque de Bâle et uni à la paroisse de Soultz.

Michelfelden-Blotzheim : d’abord établies vers 1250/1253 par l’évêque Berthold de Bâle, comte de Ferrette, hors les murs de la ville de Bâle, les religieuses, sans appartenance canonique particulière, se transférèrent ensuite à Michelfelden en 1259, sur l’actuelle commune de Saint-Louis, puis à Blotzheim en 1267. L’affiliation cistercienne, établie en 1264, fut maintenue grâce à la protection des abbayes des cisterciens de Kappel, puis de Wettingen, enfin de Lucelle. À la suite de l’extinction de la communauté des moniales, l’ordre cistercien essaya d’établir une communauté de moines cisterciens (1443-1451). Comme cette tentative échoua, la prévôté fut rattachée commune une dépendance à l’abbaye de Lucelle (1451-1790).

 

René Bornert, 2010

 

De l'Ordre de Saint-Benoît ou de Citeaux aux congrégations bénédictines ou cisterciennes (XIIe-XVIIe siècles) (carte 5)

1. De l’Ordre de Saint-Benoît (XIIe-XIIIe siècles) aux congrégations bénédictines (du XVe au XVIIIe siècle)

Pour enrayer la décadence des monastères bénédictins restés indépendants, la curie romaine chercha d’abord à les regrouper dans un ordre bénédictin, puis, à l’intérieur de cet ordre, en congrégations bénédictines.

L’Ordre de saint Benoît désignait d’abord la communauté des monastères, unie par l’observance de la Règle de saint Benoît. Le pape Innocent II (1130-1143) introduisit « la clause de régularité ». Pour obtenir la confirmation pontificale pour son établissement et pour ses biens, un monastère devait au préalable s’engager officiellement à suivre la Règle de saint Benoît. Le IVe concile du Latran (1215) reconnut cette Règle bénédictine comme seule norme du monachisme dans l’Église d’Occident. Ce concile jeta aussi les bases pour le regroupement des monastères bénédictins par provinces, à l’instar des abbayes cisterciennes. Les abbés de ces provinces devaient se réunir tous les trois ans pour un chapitre général. Ils devaient nommer des visiteurs, pour inspecter les différents monastères de la province entre les chapitres généraux.

Le pape Benoît XII promulgua en 1336 la bulle qui porte son nom, la Benedictina. Les monastères bénédictins étaient groupés en 36 provinces, selon la division des provinces ecclésiastiques. Les monastères de Basse-Alsace y étaient rattachés à la province de Mayence-Bamberg. Les abbayes de Munster et de Murbach, en Haute-Alsace, restaient en dehors de ce groupement.

L’union de Bursfeld, approuvée par le concile de Bâle en 1446, devait prendre la relève et parfaire la réorganisation. Une première période de contact (1482-1530) n’aboutit à aucun résultat tangible, en raison de la crise protestante durant la première moitié du XVIe siècle. À la suite d’une décision du concile de Trente en 1563, un nouveau regroupement fut imposé en 1607. L’archiduc Léopold d’Autriche, évêque de Strasbourg (1607-1625), fit évoluer cette union en une congrégation bénédictine autonome, dite de Strasbourg, sous l’inspiration des jésuites, dont il favorisait l’action. Cette congrégation strasbourgeoise fut officiellement proclamée en 1624, malgré l’opposition des abbés bénédictins.

L’abbaye de Munster au Val Saint-Grégoire se rattacha en 1659 à la congrégation lorraine de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe. L’abbaye de Murbach, refusant l’affiliation à toute congrégation, fut sécularisée en chapitre équestral (1764).

Pour chaque abbaye la liste suivante donne la première attestation d’une appartenance à l’Ordre de Saint-Benoît, puis l’appartenance à la province de Mayence – Bamberg (1336), ensuite à l’union de Bursfeld, enfin l’affiliation à la congrégation bénédictine de Strasbourg, dite encore « alsatico-brisgauvienne », en raison de l’appartenance des quatre abbayes de l’Ortenau (Ettenheimmunster, Gengenbach, Schuttern, Schwarzach), faisant alors partie du diocèse de Strasbourg.

Altorf : Ordre de Saint-Benoît (1264). Province de Mayence – Bamberg (1336). Union de Bursfeld (1607). Congrégation bénédictine de Strasbourg (1624).

Ebersmunster : Ordre de Saint-Benoît (1183). Province de Mayence – Bamberg (1336). Union de Bursfeld (1607). Congrégation bénédictine de Strasbourg (1624).

Honcourt : Ordre de Saint-Benoît (XIIIe siècle). Province de Mayence – Bamberg (1336). Sollicitée en 1513, l’union avec Bursfeld ne fut jamais prononcée.

Marmoutier : Ordre de Saint-Benoît (1179). Province de Mayence – Bamberg (1336). Demandée et obtenue en 1517, l’affiliation échoua d’abord en raison de la sourde opposition des abbés. Elle fut renouvelée en 1607. Congrégation bénédictine de Strasbourg (1624).

Munster : Ordre de Saint-Benoît (1259). Les tentatives d’affiliation à la congrégation bénédictine de Souabe (1600-1653) n’aboutirent pas. L’abbaye fut rattachée en 1656 à la congrégation lorraine de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe.

Murbach : Ordre de Saint-Benoît (1250). Les essais d’agrégation aux congrégations bénédictines de Suisse et de Souabe (1614-1711) n’aboutirent pas. La tentative de l’affiliation à la congrégation bénédictine de Strasbourg (1712-1736) échoua également.

Neuwiller : Ordre de Saint-Benoît (1178). Province de Mayence – Bamberg (1336).

Seltz : Ordre de Saint-Benoît (1234). Province de Mayence – Bamberg (1336). Affiliation officielle à l’ordre de Cluny en 1418.

Walbourg : Ordre de Saint-Benoît (1286). Province de Mayence – Bamberg (1336). Sollicitée en 1479, envisagée en 1483, l’union avec Bursfeld ne fut jamais prononcée effectivement.

Wissembourg : Ordre de Saint-Benoît (1280). Province de Mayence – Bamberg (1336). Envisagée en 1469, l’union avec Bursfeld fut prononcée en 1470. Elle devint caduque à la suite de la sécularisation de l’abbaye en 1530.

2. De l’Ordre de Citeaux à la congrégation cistercienne de haute-Allemagne (1623) et à la province cistercienne de Suisse, d’Alsace et de Brisgau (1624)

Bien qu’il fût organisé dès sa naissance, l’Ordre de Cîteaux connut une centralisation accrue et en même temps une subsidiarité plus respectueuse des diversités locales à la suite du concile de Trente. Envisagée dès 1595, la congrégation cistercienne de Haute-Allemagne fut érigée en 1618. Ses statuts furent approuvés en 1619 par l’abbé de Cîteaux et ratifiés en 1623 par le chapitre général. En 1624, la congrégation fut divisée en quatre provinces, correspondant à la Bavière, à la Franconie, à la Souabe et à l’espace alémanique de la Suisse, de l’Alsace et du Brisgau.

L’appartenance à l’Ordre de Cîteaux est attestée en 1136 pour Lucelle, en 1156 pour Neubourg, en 1185 pour Pairis, en 1312 pour Baumgarten et en 1235 pour Koenigsbruck. À l’exception de Baumgarten, supprimé en 1520, toutes les abbayes subsistantes d’Alsace font partie, dès leur création, de la Congrégation de Haute-Allemagne (1623) et de la Province de Suisse, d’Alsace et de Brisgau (1624).

 

René Bornert, 2010

L’arrivée des guillelmites et des chartreux en Basse-Alsace (XIIIe – XIVe siècles) (carte 6)

Les deux ordres religieux, nés tous les deux durant la seconde partie du Moyen Âge, alors que les anciens ordres des bénédictins et des cisterciens s’engageaient sur le chemin d’une certaine décadence, s’inscrivent tous les deux dans le mouvement de l’érémitisme communautaire. Ils évoluent en sens inverse. Les guillelmites passent de la solitude à la pastorale et se rapprochent des nouveaux ordres mendiants. Les chartreux renforcent leur solitude initiale et adoptent une certaine réclusion, tout en s’établissant à proximité d’une ville. Les deux ordres tiennent compte de l’urbanisation progressive de la société médiévale.

Guillelmites (Guillemites)

La Règle de saint Benoît fut imposée vers 1237 aux guillelmites. Après une tentative infructueuse de fusion avec les ermites de Saint-Augustin (1256-1266), l’Ordre des guillelmites reçut son organisation définitive au chapitre général de 1271.

Marienthal : fondé vers 1250 par Albert, maréchal de Haguenau, et sa famille. Affilié à l’Ordre des guillelmites en 1260. Le patronage marial (1250) suscita un pèlerinage marial (1350). Le prieuré des guillelmites fut vendu en 1543 à la ville de Haguenau. Acquis en 1617 par l’évêque Léopold, archiduc d’Autriche, il fut confié aux jésuites, puis en 1765 au clergé diocésain.

Haguenau : fondé en 1311 comme une dépendance du prieuré de Marienthal. Érigé en prieuré autonome en 1432. En 1612, le prieuré fut confié aux jésuites.

Strasbourg : fondé en 1298. La fondation par la famille de Mullenheim est contestée. Philippe de Werd (†1332) et Ulrich de Werd (†1344) en furent les principaux bienfaiteurs. Peuplé par les guillelmites de Marienthal. De 1478 à 1494, le prieuré fut temporairement inféodé à l’Ordre cistercien, sous le nom de Saint-Bernard. Retourné aux guillelmites, il fut sécularisé en 1524 par les réformateurs protestants.

Chartreux

Régis par des statuts propre des chartreux. Si ces constitutions font des emprunts partiels à la Règle de saint Benoît, les chartreux restent des « moines » qui ne peuvent pas être appelés des « bénédictins ».

Strasbourg : fondé vers 1333/1339 par Berthold II de Bucheck, évêque de Strasbourg. Ludolphe de Saxe, auteur de la Vie du Christ, y séjourna temporairement (1348-1358). Constitution propre des chartreux. Au XVIe siècle la chartreuse opposa une ferme résistance au protestantisme strasbourgeois. Elle fut supprimée entre 1592 et 1601.

Molsheim : fondé en 1598 par les chartreux chassés de Strasbourg, avec l’appui de l’évêque de Strasbourg. La chartreuse participa activement à la restauration catholique à partir de la cité épiscopale de Molsheim jusqu’à la Révolution française.

 

René Bornert, 2010