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Les confréries alsaciennes du Moyen Âge au XXe siècle

Notice de la carte

Depuis le Moyen Âge, le tissu social et religieux se trouve irrigué par de nombreuses confréries, associations volontaires de laïcs ou de clercs désireux de vivre plus intensément leur foi et de s’entraider fraternellement. Leur histoire se révèle indispensable pour prendre en compte le dynamisme et les particularismes des sociétés urbaines et rurales à l’échelle des paroisses (cadre le plus fréquent). Aucun historien de l’Alsace, même Médard Barth, n’a pu, jusqu’à présent, envisager une étude globale, la plus exhaustive possible, du rôle des confréries alsaciennes dans la société urbaine ou rurale.

La tâche se trouve à présent facilitée grâce au travail magistral de dépouillement de Louis Schlaefli, bibliothécaire au grand Séminaire de Strasbourg et de sa traduction cartographique (partielle) par l’équipe de l’Atlas historique d’Alsace. L. Schlaefli a établi un corpus de 4526 confréries alsaciennes dans l’actuel diocèse de Strasbourg. Les entrées de ce tapuscrit de 605 pages se font par communes (actuelles ou disparues, lieux-dits). Pour chaque commune sont répertoriés le nom de la ou des confréries, la date de première mention (pas nécessairement la fondation ; certaines sont sans date), les sources (enquête de l’An XII, la statistique de 1883, les rapports des visites pastorales, mentions éparses dans divers documents médiévaux communiqués pour beaucoup à L. Schlaefli par Bernhard Metz) et la bibliographie (plusieurs centaines de titres). Sont ainsi collationnées les confréries de métiers et les confréries de dévotion/assistance. Ces dernières comptent des confraternités entre couvents, chapitres et collégiales, associations de prière attestées dès l’époque carolingienne ; des confréries de chapitres ruraux et capitulaires avec des laïcs bénéficiant des bienfaits spirituels ; des fraternités sacerdotales qui prennent la relève des confréries capitulaires ; des confréries paroissiales, les plus nombreuses, dont il va être question ; enfin les Tiers Ordres franciscain et dominicain. La floraison de confréries (Sélestat 53, Obernai 19, Strasbourg 259 …) et donc l’ampleur du corpus ne peut donner lieu à une exploitation exhaustive dans un premier temps. Des choix ont donc été opérés par Louis Schlaefli, Benoît Jordan et Odile Kammerer.

La typologie des confréries paroissiales, caractéristique de certaines époques, a permis de retenir les premières variables pour une saisie sur tableau Excel et l’établissement des cartes. Dans un dossier de 11 cartes et une notice commune, ont ainsi été choisies des variables chronologiques et thématiques. La carte 1 propose toutes les confréries de toutes les périodes ; la carte 2 : celles du Moyen Âge jusqu’au XVIe siècle ; la carte 3 : les confréries d’assistance, fondées aux XIVe et XVe siècles, dites « Rait », « Raitbruderschaften » ou « Spende ». Les confréries de métiers font l’objet de la carte 4. Ces associations prennent en charge les diverses préoccupations des métiers et/ou le salut de l’âme des confrères (voir aussi la carte et la notice des confréries régionales de métiers dans l’AHA). La carte 5 concerne les confréries fondées au XVIIe siècle. Parmi toutes les confréries sous l’invocation d’un saint, a été retenue celle de saint Sébastien, patron des arbalétriers et des arquebusiers, florissante au XVIIe siècle (carte 6). La carte 7 fait apparaître les confréries du XVIIIe siècle, la carte 8 celles du XIXe siècle et la carte 10 les confréries du XXe siècle. Les cartes 9 et 11 montrent la dispersion et la densité des nombreuses confréries fondées aux XIXe et XXe siècles à des fins d’encadrement de la société. Ont été retenues les confréries « des mères chrétiennes », « des demoiselles », « des enfants de Marie », « de la Sainte Famille », la « congrégation mariale des jeunes gens », les « confréries des hommes » et « des dames », les « sodalités mariales des hommes » et « l’archiconfrérie en réparation des blasphèmes et de la violation du dimanche ». Les cartes font apparaître des dispersions dans l’espace alsacien que la simple liste des localités, sièges de confréries, ne permet pas d’appréhender et cette répartition est de nature à stimuler le travail des chercheurs.

De nombreuses confréries répertoriées par Louis Schlaefli attendent leurs cartes : la dévotion mariale sous toutes ses formes (« Rosaire », « Notre Dame » etc.) mais aussi « les âmes des trépassés » ou à « l’agonie », la « bonne mort ». Le « Très Saint Sacrement », les « suppliques » et Tiers Ordres, la « Cordelière » ou les « ceintures de cuir noir » (Augustins), la « Communion réparatrice », « la Croix », le « Précieux Sang », la « Garde d’honneur du Sacré-Cœur », ne constituent que des facettes de cette abondante variété de confréries dont les plus gros contingents se situent au Moyen Âge et aux XIXe et XXe siècles. Mais il appert que, même au XVIIIe siècle, des confréries se mettent en place. La représentation cartographique de ce paysage confraternel permettra aux chercheurs de saisir et d’analyser certaines caractéristiques urbaines ou rurales, dans le vignoble, la plaine ou la montagne et d’en suivre la dynamique chronologique.

 

Source

Dépouillement de Louis Schlaefli sous forme d’un tapuscrit (605 pages).

 

Bibliographie sommaire

  • BARTH Médard, Handbuch der elsässischen Kirchen im Mittelalter, Archives de l’Église d’Alsace, 1960-1963.
  • CHÂTELLIER Louis, Tradition chrétienne et renouveau catholique dans le cadre de l’ancien diocèse de Strasbourg (1650-1770), Paris, 1981.
  • RAPP Francis, Réformes et Réformation à Strasbourg :Église et société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525), Paris, 1974.
  • Très nombreuses monographies.

 

Odile Kammerer, 2011